REGLE DU CARMEL

Author(s)/Editor(s): 
Carmelites
Sources: 
http://www.teologiaspirituale.it
LE TEXTE  FRANÇAIS DE LA REGLE DU CARMEL

 

 

Le texte latin officiel de la Règle, que toute la famille du Carmel utilise, vient de la Bulle du pape Innocent IV, Quae Honorem Conditoris (1247), conservée dans un registre des Archives du Vatican (cf. Reg. Vat. 21, fol. 465v – 466r). C'est le texte le plus ancien et le fondement de tous ceux qui sont conservés. Ce texte est maintenant le même pour toutes les traditions des Carmes et des Carmélites et doit être considéré comme étant  l'unique autorisé. Le texte d’Innocent IV n’est pas divisé en chapitres, et il n’y a pas de titres pour les différentes parties. Les deux Supérieurs généraux des Carmes (O.Carm) et des Carmes Dechaux (OCD), dans une déclaration commune en date du 30 janvier 1999, se sont mis d'accord pour une nouvelle numérotation par chapitres, dans le but de favoriser la concordance des citations. C'est cette nouvelle numérotation qu'on utilise ici, tandis que la traduction, les titres des parties et des chapitres sont proposés par le Frère Bruno SECONDIN,  O. Carm.. 

 

 

Salutation

1.  Albert, par la grâce de Dieu Patriarche de l'Eglise de Jérusalem, à ses fils bien-aimés dans le Christ, B[rocard]  et les autres ermites, qui vivent sous son obédience au Mont Carmel, près de la Source [d'Elie], salut dans le Seigneur et bénédiction du Saint-Esprit.

 

À la suite du Christ

2. À bien des reprises et de bien des manières [cf. He 1, 1] les saints Pères ont réglé de quelle façon chacun - en quelqu'ordre qu'il se trouve ou quel que soit le genre de vie religieuse qu'il s'est choisi - doit vivre dans la dépendance de Jésus-Christ [cf. 2Co 10, 5] et le servir fidèlement d'un cœur pur et d'une bonne conscience [cf. 1Tm 1, 5].

 

 La "vitae formula"

3. Mais, puisque vous nous demandez de vous donner une formule de vie, conforme à votre projet de vie [« propositum »], que vous deviez garder dans l'avenir:

 

 

 

[STRUCTURES DE LA VIE COMMUNE]

 

Le choix du Prieur et les voeux sacrés

4. Nous vous ordonnons tout d'abord d'avoir un Prieur, qui devra être choisi parmi vous et qui devra être élu à cette charge au consentement unanime des Frères ou avec l'assentiment de la partie la plus nombreuse et la plus saine.  Chacun des autres lui promettra obéissance et, une fois promise, il s'efforcera de la garder en vérité des oeuvres [cf.  1 Jn 3, 18], ainsi que la chasteté et le renoncement à toute propriété.

 

Les lieux d'habitation

5. Vous pourrez avoir des lieux [de séjour] dans les déserts ou là où l'on vous en offrira, qui se prêtent commodément à l'observance de votre vie religieuse, pour autant que le prieur et les Frères le jugeront à propos.

 

 

Les cellules des Frères

6. En outre, selon la situation du lieu que vous aurez résolu d'habiter, que chacun d'entre vous ait une cellule particulière et séparée, conformément à l'assignation qui lui en sera faite par la décision du Prieur lui-même, avec l'assentiment des autres Frères ou de la partie la plus saine d'entre eux.

 

La table commune

7. Mais de telle façon que vous preniez dans un réfectoire commun la nourriture  qu'on vous aura  distribuée, en écoutant ensemble la lecture d'un passage de la Sainte Écriture, lorsque cela pourra se faire commodément.

 

La fidélité au lieu assigné

8. Qu'il ne soit permis à aucun des Frères, si ce n'est avec la permission du Prieur en charge, de changer le lieu à lui assigné, ou de faire un échange de lieu avec un autre. 

 

La cellule du Prieur

9. La cellule du Prieur devra se trouver près de l'entrée du lieu afin qu'il soit le premier à venir à la rencontre de ceux qui viennent en ce même lieu, et que tout ce qu'il y aura à faire ensuite s'exécute selon son jugement et sa disposition.

 

 

 

[FONDEMENTS DE LA FRATERNITÉ]

 

Dans la solitude méditer la Parole

10. Chacun demeurera seul dans sa cellule ou près d'elle, méditant jour et nuit la loi du Seigneur [cf.  Ps 1, 2; Jos 1, 8] et veillant dans la prière [cf.  1 P 4, 7], à moins qu'il ne soit occupé en raison d'autres justes occupations.

 

La célébration de la louange

11. Ceux qui savent dire les heures canoniales avec les clercs, les réciteront suivant les Règles établies par les saints Pères et la coutume approuvée de l'Église. Ceux qui ne le savent pas diront pour matines vingt-cinq Notre Père, excepté les dimanches et les jours de fête solennelle aux matines desquels nous prescrivons que ce nombre soit doublé, en sorte qu'ils en disent cinquante. Ils diront sept fois cette même prière pour laudes, sept fois également pour chacune des autres heures, à l'exception des vêpres, pour lesquelles vous devrez le dire quinze fois.

 

La communion des biens

12. Qu'aucun des Frères ne dise que quelque chose lui appartient en propre, mais que tout vous soit commun [cf.  Ac 2, 44; 4, 32] et soit distribué à chacun par la main du Prieur, c'est-à-dire par le Frère qu'il aura chargé de cet office, selon les besoins de chacun [cf.  Ac 4, 35], compte tenu de l'âge et des nécessités de chacun.

 

La pauvreté collective

13. Dans la mesure où la nécessité l'exigera, vous pouvez avoir des ânes ou des mulets et quelque élevage d' animaux et de volailles pour votre nourriture.

 

 

L'oratoire et l'Eucharistie quotidienne

14. Un oratoire sera construit au milieu des cellules, pour autant que cela pourra se faire commodément. Vous devrez vous y réunir au matin de chaque jour [cf.  Ex 16, 4; Lv 6, 5; Ez 46, 13ss], pour y participer à la célébration solennelle de la messe, lorsque cela peut se faire confortablement.

 

Le chapitre et la correction fraternelle

15. En outre, les dimanches ou d'autres jours, lorsque cela sera nécessaire, vous traiterez de la garde de la vie commune et du salut des âmes. En même temps, on procédera avec charité à la correction  des manquements et des fautes des frères [cf.  Gal 6, 1], si l'on a pu en remarquer chez l'un ou l'autre.

 

Le jeûne

16. De la fête de l'Exaltation de la Croix jusqu'au jour de la Résurrection du Seigneur vous garderez le jeûne tous les jours, les dimanches exceptés, à moins que l'infirmité ou la faiblesse du corps ou quelqu'autre juste cause ne vous engage à rompre le jeûne, car la nécessité n'a point de loi.

 

L'abstinence

17. Vous vous abstiendrez de manger de la viande, si ce n'est comme remède à la maladie ou à la faiblesse. Mais comme en voyage vous êtes souvent obligés de mendier, pour ne pas être à charge à vos hôtes, hors de vos maisons vous pourrez manger des aliments accommodés avec de la viande. En outre, sur mer il vous sera permis de manger de la viande.

 

 

 

[CODE SPIRITUEL DE LA FRATERNITÉ]

 

Le combat spirituel

18. Puisque en vérité la vie de l'homme sur terre est un temps de tentation [cf.  Jb 7, 1] et tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ souffrent persécution [cf.  2 Tm 3, 12]; et comme aussi votre adversaire le diable tourne autour de vous, tel un lion rugissant, à la recherche d'une proie à dévorer [cf.  1 P 5, 8], mettez tous vos soins à vous revêtir de l'armure de Dieu, afin de pouvoir tenir face aux embûches de l'ennemi [cf.   Ep 6, 11].

 

L'armure de Dieu

19. Ceignez vos reins de la ceinture de la chasteté [cf.  Ep 6, 14]; fortifiez votre coeur par de saintes pensées, car il est écrit: «la pensée sainte te gardera» [Pr 2, 11: selon les LXX]. Revêtez la cuirasse de la justice, en sorte que vous aimiez le Seigneur votre Dieu de tout votre coeur, de toute votre âme et de toutes vos forces [cf.  Dt 6, 5; Mt 19, 19b] et votre prochain comme vous-mêmes [cf.  Mt 19, 19b]. Prenez, en toutes choses, le bouclier de la foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin [cf.  Ep 6, 16]: «sans la foi il est, en effet, impossible de plaire à Dieu» [He 11, 6]. Couvrez-vous aussi la tête du casque du salut [voir Ep 6, 17], en sorte que vous n'espériez celui-ci que du seul Sauveur, c'est «lui qui sauvera son peuple de ses péchés» [Mt 1, 21].

Que le glaive de l'Esprit, qui est la parole de Dieu [cf.  Ep 6, 17], habite en abondance [cf.  Col 3, 10] dans votre bouche et dans vos cœurs [cf.  Rm 10, 8; Dt 30, 14] et que tout ce que vous avez à faire soit fait selon la parole du Seigneur [cf.  Col 3, 17; 1 Co 10, 31].

 

Le travail manuel

20. Vous devez vous livrer à quelque travail, afin que le diable vous trouve toujours occupés  et que votre oisiveté ne lui permette pas d'avoir quelque accès à vos âmes. Vous avez en ceci l'enseignement aussi bien que l'exemple de l'apôtre saint Paul, par la bouche duquel parlait le Christ [cf.  2 Co 13, 3], et qui a été établi prédicateur et docteur des nations dans la foi et la vérité [cf.  1 Tm 2, 7); si vous le suivez vous ne pourrez pas vous égarer.

«C'est dans le labeur, dit-il, et dans la fatigue que nous avons été au milieu de vous, travaillant nuit et jour pour n'être à charge à personne. Ce n'est pas que nous n'en eussions le droit, mais c'était afin de vous donner en nous-même un exemple à imiter. En effet, lorsque nous étions auprès de vous, nous vous déclarions  que si quelqu'un ne veut pas travailler il ne doit pas même manger. Nous avons appris en effet, qu'il y en a parmi vous qui mènent une vie dans l'inquiétude et l'oisiveté. Or à ces gens-là, qui se comportent de cette manière, nous ordonnons et nous les conjurons par le Seigneur Jésus-Christ de travailler dans le calme et de manger le pain qu'ils auront gagné» [cf.  2 Th 3, 7-12]. Une telle voie est sainte et bonne: suivez-la [cf.  Is 35, 8; 30, 21].

 

Le silence

21. L'Apôtre recommande le silence lorsqu'il ordonne de travailler en le gardant [cf.  2 Th 3, 12]. Et le prophète témoigne également que le silence alimente la justice [cf.  Is 32, 17]; et ailleurs : «dans le silence et l'espérance sera votre force» [cf. Is 30, 15]. C'est pourquoi nous vous ordonnons de garder le silence depuis la fin de complies jusqu'après avoir dit l'heure de prime du jour suivant.

Pour le reste du temps, bien que l'observance du silence ne doive pas être aussi rigoureuse, vous éviterez cependant avec grand soin de parler beaucoup. Car, ainsi qu'il est écrit et ne l'enseigne pas moins l'expérience: «où abondent les paroles le péché ne manque pas» [Pr 10, 19], et : «celui qui parle inconsidérément en éprouvera les effets malheureux» [Pr 13, 3] ; ou encore : «celui qui multiplie les paroles blesse son âme» [Si 20, 8]. Le Seigneur dit également dans l'Évangile : «les hommes rendront compte au jour du jugement de toute parole oiseuse qu'ils auront dites» [Mt 12, 36]. 

Que chacun pèse donc ses paroles et mette un frein bien adapté à sa bouche, de peur qu'il ne trébuche et tombe à cause de sa langue et que sa chute ne soit incurable et mortelle [cf.  Si  28, 25-26]. Qu'il veille avec le prophète sur ses voies pour ne pas pécher par sa langue [cf. Ps 38, 2] et qu'il s'applique avec diligence et prudence à garder le silence dans lequel se cultive la justice [cf.  Is 32, 17].

 

Le Prieur, humble serviteur

22. Pour toi, Frère B[rocard] et quiconque sera établi Prieur après toi, ayez toujours présent à l'esprit et observez dans votre conduite [cf.  Ap 3, 3] ce que le Seigneur dit dans l'Évangile: «quiconque voudra être le plus grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur; et quiconque voudra être le premier d'entre vous qu'il soit votre esclave» [cf. Mc 10, 43-44; Mt 20, 26-27].

 

L'obéissance due au Prieur

23. Et vous autres Frères, honorez humblement votre Prieur, considérant plutôt qu'à sa personne, au Christ qui l'a mis au-dessus de vous [cf. Ps  65, 12] et qui a dit aux préposés des Églises: «qui vous écoute m'écoute, qui vous méprise me méprise» [cf. Lc 10, 16]. Ainsi que vous ne soyez pas appelés en jugement pour l'avoir méprisé, mais que vous méritiez, par votre obéissance, la récompense de la vie éternelle.

 

 

[ÉPILOGUE]

 

Générosité et modération

24. Nous vous avons brièvement écrit ces choses pour vous fixer la formule de votre vie selon laquelle vous aurez à vivre. Si quelqu'un fait davantage, le Seigneur le lui rendra quand il reviendra [cf.  Lc 10, 35]. Qu'il garde cependant la discrétion, qui est la modératrice des vertus.

 

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