Sources:
http://www.teologiaspirituale.it/ Jean de la Croix La Nuit Obscure
EXPLICATION DES STROPHES QUI NOUS MONTRENT COMMENT L'ÂME DOIT SE CONDUIRE DANS LA VOIE SPIRITUELLE POUR ARRIVER À L'UNION D'AMOUR AVEC DIEU AUSSI PARFAITE QU'ELLE EST POSSIBLE SUR LA TERRE. ON DÉCLARE EN OUTRE D'APRÈS CES MÊMES STROPHES QUELLES SONT LES PROPRIÉTÉS DONT JOUIT CELUI QUI ARRIVE À CETTE PERFECTION. EXPOSITION DU SUJET Ce livre commence par donner toutes les strophes. Il expliquera ensuite chaque strophe séparément, en donnant tout d'abord la strophe elle-même; puis il expliquera chaque verset de la strophe, en ayant soin de le rappeler tout d'abord. Les deux premières strophes montrent les effets des deux purifications spirituelles de la partie sensible de l'homme et de la partie spirituelle. Les six autres exposent les effets divers et admirables qui proviennent de l'illumination spirituelle et de l'union d'amour avec Dieu. CANTIQUES DE L'ÂME I Par une nuit profonde, Étant pleine d'angoisse et enflammée d'amour, Oh! l'heureux sort! Je sortis sans être vue, Tandis que ma demeure était déjà en paix. II J'étais dans les ténèbres et en sûreté Quand je sortis déguisé par l'escalier secret, Oh! l'heureux sort! J'étais dans les ténèbres et en cachette, Tandis que ma demeure était déjà en paix. III Dans cette heureuse nuit, Je me tenais dans le secret, personne ne me voyait, Et je n'apercevais rien Pour me guider que la lumière Qui brûlait dans mon coeur. IV Elle me guidait Plus sûrement que la lumière du midi Au but où m'attendait Celui qui m'aimais, Là où nul autre ne se voyait. V O nuit qui m'avez guidée! O nuit plus aimable que l'aurore! O nuit qui avez uni L'aimé avec sa bien-aimée Qui a été transformée en lui! VI Sur mon sein orné de fleurs, Que je gardais tout entier pour lui seul, Il resta endormi, Et moi je le caressais Et avec un éventail de cèdre je le rafraîchissais. VII Quand le souffle provenant du fort Soulevait déjà sa chevelure, De sa douce main Posée sur mon cou il me blessait, Et tous mes sens furent suspendus. VIII Je restai là et m'oubliai, Le visage penché sur le Bien-Aimé. Tout cessa pour moi, et je m'abandonnai à lui. Je lui confiai tous mes soucis Et m'oubliai au milieu des lis. ON COMMENCE L'EXPLICATION DES STROPHES QUI MONTRENT COMMENT ET DE QUELLE MANIÈRE L'ÂME DOIT SE DIRIGER DANS CE CHEMIN DE L'UNION D'AMOUR AVEC DIEU. Avant de commencer l'explication de ces strophes il est bon de rappeler ici que l'âme les prononce lors qu'elle est déjà parvenue à la perfection, c'est-à-dire à l'union d'amour avec Dieu. Elle est déjà passée par de rudes épreuves et angoisses en pratiquant les exercices spirituels du chemin étroit de la vie éternelle dont le Sauveur parle dans l'Évangile et par lequel passe d'ordinaire l'âme qui doit arriver à cette sublime union avec Dieu. Et dès lors que ce chemin est si étroit et qu'il y en a si peu qui le suivent, au dire même de Notre-Seigneur (Mat. VII, 14), l'âme considère comme un grand bonheur et une heureuse fortune de l'avoir parcouru pour arriver à la perfection de l'amour. C'est ce qu'elle chante dans cette première strophe; elle donne à bon droit le nom de nuit profonde à ce chemin étroit, comme elle va l'expliquer dans les versets de cette strophe: aussi, tout heureuse d'avoir passé par ce chemin étroit d'où lui est venu un si grand bien, elle fait entendre ce chant:
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